Sans aucun conteste possible mon livre préféré.
Ecrit par Isidore Ducasse, dit "comte de Lautréamont", en 1869 à l'âge d'à peine 23 ans, cette oeuvre déconcerte encore nombre de lecteurs.
Tout y est déconcertant: le style, avec ses longues envolées de souvenirs enchassés, produisant même une phrase de 5 pages! Puis l'histoire, dont l'absence de trame apparente laisse le lecteur dans un flou perpétuel, sans aucun repère, sans rien à quoi se raccrocher, si ce n'est aux pensées dévellopées dans des phrases extrêmement acides. Les idées, parfois belles, parfois hilarantes, parfois répugnantes, parfois effrayantes... On voyage dans toute la gamme des sentiments à leur lecture, et ce mélange créé un trouble d'autant plus grand chez le lecteur. Il arrive même que l'auteur parte d'un point de départ accepté par tous, batisse une démonstration dont la logique est religieusement acceptée tant elle est implacable, et le tout se conclue sur l'exacte contraire du ponint de départ! Tout celà avec une logique argumentée qui semble infaillible à la première lecture (et parfois pour les nombreuses relectures également!). De vrais tours de maitre! Ensuite, on ne sait jamais vraiment qui parle... Est-ce le narrateur, doublé par le "je", ou Maldoror, insinué par le "il"?... Parfois, les deux finissent par se rejoindre, et même se confondre, y compris au sein d'une même phrase, ou "je" et "il" s'alternent en permanence sans que l'idée exprimée n'y perde le moindre sens.
Mais qui est ce fameux Maldoror? Dur à dire... On sait juste qu'il est en constante opposition contre dieu et contre l'espèce humaine. A son sujet, l'auteur glisse une phrase intéressante: "Je vais vous parler du temps ou Maldoror fût bon. Voilà, c'est fait." Profondément misanthrope, il lui arrive néanmoins de surprenantes réactions humanistes qui semblent presque déplacées au regard du personnage. Par contre, son amour pour la nature est impressionant!
A l'origine, Lautréamont voulait écrire cette oeuvre en vers, mais il s'est finalement rabattu sur de la prose, sans doute pour y gagner plus de marge quand à ce qu'il pouvait exprimer. Néanmoins, la conception versifiée originale est encore palpable par endroits, vu que l'on retrouve de douces rimes qui s'emmêlent paisiblement pour créer une délicate harmonie pour décrire comment Maldoror massacre un nouveau-né... Oui, vraiment écoeurant parfois...
Pour ce qui est de Lautréamont, il est aussi mystérieux que ce personnage de Maldoror... Ce livre était sa première oeuvre, et ce fût un coup de maitre! Un an plus tard, à 24 ans, il écrivit un recueil de poésies qui n'eut pas autant de succès, puis mourru de manière inexpliquée. A 24 ans, on ne meurt pas de mort naturelle...mais l'enquête sur sa mort fût incapable de révéler de quoi il était mort.
Pour vous mettre l'eau à la bouche (ou vous faire fuir, c'est selon!), voici les premières lignes des chants de Maldoror:
"Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupte et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre: quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant."
A bon entendeur...